Km 1855. J’arrive sur la base de vie, il est 22h30. Je viens de terminer une journée à 355 km et même si elle a été belle, je commence à accumuler une fatigue importante liée à l’enchaînement des jours et au manque de sommeil. Je suis bientôt au bout de cette aventure de 2500 km, mais à ce moment-là, mon état ne me permet plus d’être vraiment lucide.
En ultra, la difficulté n’est pas seulement physique. La préparation mentale pour la course devient essentielle, notamment pour rester lucide malgré la fatigue.
Je dois réaliser des actions simples : refaire mes sacoches avec mon dropbag, me doucher, manger, me changer et dormir quelques heures. Rien de compliqué en soi, mais je ne sais pas par quel bout m’y prendre. Je fais des allers-retours inutiles, j’hésite, je perds du temps et surtout je gaspille une énergie qui devient de plus en plus précieuse au fil des kilomètres.
Ce type de situation est fréquent en ultra distance : lorsque la fatigue s’installe, la prise de décision devient plus difficile.
Quelques heures plus tard, le réveil sonne. Il est 2h30 du matin. J’ai dormi, mais trop peu pour retrouver de vraies sensations. Je sais que je dois repartir, que ce repos est suffisant pour continuer, mais je sens que mon cerveau n’est pas du même avis. Il négocie, il ralentit, il cherche à prolonger ce moment de récupération. Je prends plus de temps que prévu à me préparer, je tergiverse, et je finis par repartir sans vraiment avoir conscience de mon état réel.
Sur la route, je suis en hypovigilance. Je roule sur une départementale pourtant fréquentée, avec un niveau d’attention insuffisant. Dans ce type de moment, savoir gérer la fatigue devient crucial pour éviter les erreurs et rester en sécurité. Il faudra attendre le lever du jour, vers 6h, pour retrouver un peu de clarté et de vigilance après quelques frayeurs.
Ce passage sur la Race Across France 2500 km a été un vrai déclic. Il m’a fait comprendre à quel point la préparation mentale pour les sports d’endurance est déterminante. La capacité à rester lucide, à prendre des décisions et à gérer son état sous fatigue fait souvent la différence entre subir sa course… et la maîtriser.
C’est dans ces moments-là que les outils issus des Techniques d’Optimisation du Potentiel (TOP), utilisées en préparation mentale sportive, prennent tout leur sens. Sur une course d’ultra endurance, il existe selon moi trois outils mentaux indispensables pour améliorer sa performance et éviter l’abandon.
1. La météo intérieure : apprendre à se situer pour mieux performer
Le premier outil est ce que l’on appelle la “météo intérieure”. C’est un exercice simple mais puissant de gestion des émotions et de la fatigue en endurance.
Avec l’habitude, j’ai automatisé le fait de faire un scan rapide de mon état physique et mental pour identifier dans quelle zone je me trouve. Est-ce que je suis dans une zone de calme, d’équilibre et de performance, ou au contraire dans un état de stress, de fatigue ou de découragement ?
En prenant quelques respirations profondes, je laisse émerger mes sensations, mes pensées et mes émotions, sans les juger. Cet exercice de concentration permet de prendre du recul, de sortir du pilotage automatique et surtout d’adapter ses actions en fonction de son état du moment.
2. La visualisation : préparer mentalement la réussite
Le deuxième outil est la visualisation, une technique clé de la préparation mentale .
C’est probablement celui qui m’a manqué sur cette base de vie. L’idée est d’anticiper mentalement une situation en la visualisant avec précision, afin de l’avoir déjà vécue une première fois.
Si j’avais pris le temps de préparer cette séquence, j’aurais pu dérouler quelque chose de simple et structuré : arriver sur la base de vie, manger, préparer mes sacoches, me doucher, me changer et dormir.
En visualisation, ces actions deviennent plus naturelles, presque automatiques, et demandent beaucoup moins d’énergie le moment venu. C’est un outil particulièrement efficace pour éviter les erreurs et optimiser sa gestion en ultra distance.
3. La dynamisation : relancer son énergie en course
Enfin, le troisième outil est la dynamisation psycho-physiologique. C’est un levier très concret pour retrouver un niveau d’énergie et de vigilance lorsque l’on est en baisse.
Lors d’un départ de nuit, d’un passage à vide ou lorsque l’on sent que l’on perd en lucidité, certains exercices de respiration, associés à des mouvements du corps, permettent de relancer la machine.
En quelques minutes, il est possible de retrouver un état plus dynamique, plus engagé, et de repartir avec de meilleures sensations. C’est un outil essentiel pour gérer un coup de fatigue.
L’objectif de ces trois outils de préparation mentale en ultra endurance est toujours le même : revenir dans une zone optimale de fonctionnement.
Un état dans lequel les décisions sont plus claires, les actions plus fluides et l’énergie mieux maîtrisée. Sur une course d’ultra distance, cela peut faire la différence entre abandonner… ou aller au bout de son défi.
Mais au-delà du sport, ces outils ont une portée universelle. Savoir gérer la fatigue, anticiper, se relancer, c’est aussi apprendre à mieux se connaître et à mieux performer dans sa vie personnelle et professionnelle.
Au fond, que ce soit sur un vélo ou dans la vie, la vraie compétence reste la même : savoir quand ralentir… et savoir quand accélérer.