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Race Across France 2 500 km 2026

Race Across canicule

· ultra endurance

Pour la troisième fois en trois ans, je prends le départ de la Race Across France 2 500 km. Mais cette fois, je ne savais pas encore que le plus difficile ne serait pas de traverser la France. Ce serait de comprendre pourquoi je voulais encore le faire, quel sens j'allais mettre derrière cette nouvelle participation.

Une course qui m'a fait grandir depuis mes débuts en ultra, aussi bien sur le plan physique que mental. Cette année, j'ai une nouvelle fois envie d'y retourner : le parcours est assez inspirant et passe surtout par le Morvan, mes routes d'entraînement.

Le grand départ sera donné à Hendaye et l’arrivée se trouve à Mandelieu, cette année on partira de l’océan pour rejoindre la mer, en passant par Orléans.

Les quelques jours avant le départ sont placés sous le signe de la détente et du repos. Un sas idéal pour faire le plein d’énergie et partir en pleine forme. Je suis très impatient car j’ai l’impression d’avoir énormément progressé depuis ma première RAF en 2024. Cette année je me sens bien physiquement et mentalement. La Race Across Paris 1 000 km m’a fait du bien et je me sens confiant. J’ai l’impression de partir avec beaucoup de feux verts et je connais bien le tracé. J’ai également étudié mes principaux arrêts, calculé des temps de passage et j’estime terminer cette année proche de la barre des 6 jours. Le tracé étant l’un des plus faciles depuis 9 ans. Un point me laisse cependant dans l’incertitude et le doute : Le 18 juin marque une date historique et cette année il marquera le début de la canicule. J’ai déjà souffert de la chaleur, je le sais, l’an dernier lors de la traversée du plateau des Millesvaches où nous avions eu jusqu’à 40 degrés. Ce sont des paramètres que je ne peux pas maîtriser alors l’adaptation sera d’or. Mentalement j’y suis prêt, je sais qu’il va faire très chaud mais j’ai des outils pour me réguler : visualisation, respirations et nombre d’arrêts illimités dans les fontaines et cimetières.

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Le départ

Un sujet de conversation revient beaucoup : Il va faire chaud ! On se demande à quelle sauce nous allons être mangé et c’est d’ailleurs lors du briefing que la question de la gestion de chaleur est abordée. S’hydrater, couvrir les zones exposées, s’arrêter en cas de coup de chaud et s’écouter. Je me sens concentré sur mon plan et dans ma bulle, malgré les nombreux doutes qui planent dans l’atmosphère…

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20h23 mon départ est donné, je me sens libéré car j’attends cette course depuis longtemps et la phase de préparation a été longue avec un hiver pas toujours conciliant pour les cyclistes. Je pars sur un rythme que je connais, aux sensations et avec mon rythme cardiaque, je freine parfois mon effort. L’euphorie du départ a tendance à me faire partir assez vite.

Malgré un rythme assez haut, je me fais parfois doubler. J’ai le sentiment que cette course sera très rapide cette année, à moins que la chaleur nous ralentisse. J’entre facilement dans la nuit, tout roule, il fait environ 25 degrés et l’air est assez humide. Après environ 4h de route je m’arrête une première fois dans un cimetière : Je viens de boire 2,5L. Puis j’enchaîne quelques radars assez bien connus du pays basque. Je suis trempé, pourtant il ne pleut pas, l’air est lourd. Je n’ai pas les meilleures sensations mais après tout la course est longue.

Après 170 km en 7 heures je me trouve à Laruns, au pied du col de l'Aubisque. Mes sensations tardent à revenir, je fais pourtant le travail : je bois et mange très régulièrement, du sucré comme du salé babybel, noix de cajou, sandwichs. Il est environ 2h30 lorsque j'entame l'Aubisque : 17 km à 7% de moyenne. J'ai toujours cette impression étrange d'avoir des jambes en coton, même si mon rythme reste correct. Au sommet il fait encore 16 degrés, j’enfile simplement un coupe vent sans manche et j’entame un petit bout de descente avant d’enchaîner sur le col du Soulor de 3km. Pause à une boulangerie à 6h puis une nouvelle journée commence.

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Je mange de nouveau correctement et l’énergie remonte un peu. A 10h il fait 30 degrés, 33 à midi et 40 à 14 heures. La course change progressivement de physionomie. Il n'y a presque plus d'ombre et chaque kilomètre devient une lutte contre quelque chose que je ne peux pas contrôler, on y est, le premier jour sous une chaleur écrasante.

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Je suis couvert de crème solaire et je me couvre les bras avec des manchettes anti UV, je m’arrête très régulièrement prendre de l’eau mais au bout d’un temps je ne sais même plus si je suis déshydraté ou si je bois trop. J’ajoute très régulièrement des pastilles de sels minéraux pour compenser les pertes. Je régule également mes respirations pour faire diminuer mon rythme cardiaque. Je sens que mon corps commence à entrer dans une phase de lutte contre la chaleur, je suis lent et mon rythme cardiaque s’accélère. J’ai des images de frais en tête, un entraînement sous la neige cet hiver, je ne pense qu’à ça pour éviter de faire rentrer cette chaleur dans ma tête. Je ne me sens même pas fatigué même après 30 heures sans fermer l’oeil, je suis focalisé sur mes sensations corporelles et mon objectif, dans l’instant présent. Je m’arrête manger pour la première fois assis sur un banc sous un arbre pour tenter de me refaire une belle santé et faire diminuer ma chaleur corporelle, une première intuition mais l’air bouillant ne m’épargnera pas.

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43 degrés à 15h

Vers 17 heures, je commence à ne plus pouvoir m’alimenter du tout, je n’ai envie de rien, j’ai ni soif ni faim alors je me force. J’ai parfois des pics de chaleur, jusqu’à 43 degrés affiché sur mon compteur, dans une bosse de 200 m sans vent. Une porte s’ouvre dans ma tête. Une porte que je redoute, le début d’une seconde phase de longue négociation avec mon esprit et mon corps. L’un me dit : « Arrête toi, je n’en peux plus », l’autre dit « c’est bien garde le cap ». Je garde tant bien que mal un état d’esprit positif pour ne pas signer mon arrêt tout de suite. Je ne prends aucun plaisir à ce moment là comme beaucoup d’autres cyclistes je pense. Des informations commencent à arriver de la part de l’organisation et des médias : Neutralisation de course ? Vigilance rouge dans le département prévu dans les prochains jours ?

Je me revois m’arrêter dans un jardin privé, prendre le tuyau d’arrosage et rester 5 min la tête dessous avec l’arrivée de la propriétaire qui viendra discuter avec bienveillance. 18 heures mon rythme est juste assez haut pour tenir en équilibre. 19 heures je suis à 10 km de la base de vie, je m’allonge quelques minutes à l’ombre et je tente une sieste mais j’ai la sensation que mon coeur va sortir de ma poitrine : Impossible de dormir. 30 min plus tard, je suis pris de nausées puis de vomissements, directement en roulant. Mon niveau d’énergie passe de 3 à 1, le minimum pour rallier la base de vie. J’entre en mode robot je suis cuit. Je sais depuis quelques heures que mon projet d’aller chercher les 6 jours sur cette course va devenir très compliqué et je ne me projette pas sur la suite, 7 jours ou peut être 8 sous cette chaleur. J’essaye de rester dans le moment présent et de prendre une décision après l’autre. Je sens que mon objectif s’échappe et que j’entre dans une phase critique, une phase où il me faudra plusieurs longues heures de repos pour retrouver de l’énergie et espérer redémarrer. J’arrive sur la base de vie, enfin, je ne suis pas super lucide. Merci aux photographes pour le souvenir qui va suivre.

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Visiblement en pleine forme en arrivant sur la base de vie de Créon.

Je n’ai fait que 520 km, pourtant un effort que je connais et que je maîtrise mais là j’ai l’impression d’en avoir déjà 2 500 dans les jambes. J’avale quelques gorgées d’un bouillon salé mais rien ne rentre ou plutôt, tout ressort. Je vais donc me coucher ainsi pour reprendre des forces, je suis incapable d’avaler quoique ce soit. Vers 1 heures du matin je me réveille avec des crampes : jambes, mains, ventre… J’ai du mal à marcher, cette fois il faut vraiment que je mange et que je boive pour me refaire une santé. Après 30 min ça commence à aller mieux mais j’ai l’impression d’avoir pris 50 ans. Je retourne me coucher quelques minutes car je me sens faible et incapable de monter sur un vélo. Je ferme les yeux dans l’incertitude.

A 5 heures je me lève une nouvelle fois, je mange plutôt bien et j’arrive à m’hydrater. A ce moment là je suis déjà en retard de 6 heures sur mon plan mais qu’importe. Je repars en direction de Villebois, l’endroit où j’avais prévu de passer la nuit. J’avance péniblement, je n’ai pas de force et je bois énormément. Je boucle ces 120 km en 1 300 m de D+ en 6 heures. Une information nous parvient, la course sera neutralisée à partir de midi jusqu’à 16 heures. Je m’arrête à ce moment là sous un arbre dans un parc, avec mon sandwich et 3 canettes en espérant me refaire une bonne santé et espérer repartir. Il fait presque 40 degrés à l’ombre donc le repos est assez relatif, j’arrive quand même à dormir quelques dizaines de minutes. Je vois quelques vidéos d’autres gars sur la course qui sont dans des endroits climatisés, une belle idée. Mais tout le monde n’aura pas cette chance lors de ces neutralisations. Certains seront même en plein milieu de rien. Tout est fermé dans les maisons, l’impression que les gens sont bien barricadés chez eux, au frais. 16 heures approche, je vais quelques secondes en plein soleil, pour voir… Je m’aperçois que ça va devenir très difficile, la chaleur me plombe, j’ai des questions en boucle dans la tête. Quel est le sens derrière tout ça ? Pourquoi devoir souffrir autant pour s’offrir une nouvelle fois une RAF ? Et si la solution était de rester en sécurité, et déjà être reconnaissant d’avoir fait tout ce chemin malgré un soleil de plomb. Je pensais avoir fait le plus dur sur d’autres ultra mais là j’ai atteint le sommet, je préférais largement la traversée du massif central sous la pluie par 8 degrés en 2024.

Décision

Je prends la décision de m’arrêter ici, nous sommes samedi à 16 heures, je suis encore à 500 km de la Base de vie d’Orléans. Très déçu après tous ces mois de préparation mais soulagé. J’aime utiliser le pouvoir de mon imagination pour la préparation de course et là… j’avais rien en tête, aucune projection sur la suite. Plus tard j’apprends que ceux qui n’ont pas pu rallier cette base avant le dimanche midi seront mis hors course avec possibilité de reprendre un départ à Albertville, seulement en vigilance jaune.

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Suivi de course après annonce du passage en vigilance rouge. Certains prendront le train et d'autres iront en vélo reprendre le départ à Albertville.

Conclusion

La RAF 2024 a été une grande découverte, je suis sorti de cette course grandi et avec l’envie d’y retourner pour revivre ces émotions avec plus de réponse à mes questions. En 2025 j’ai su optimiser plus d’éléments tels que mon alimentation, ma gestion d’effort, ma concentration et mes capacités d’adaptations. Je me sentais également beaucoup plus solide, avec un corps capable d’encaisser.

2026 était l’année où je voulais avoir un plan encore plus carré pour faire baisser mon temps, vouloir optimiser encore plus malgré une histoire que je connais déjà.

En 2024 et 2025, le plaisir et l’émerveillement m’ont guidé à travers 7 jours de course. 2 500 km à travers la France marquait pour moi un retour aux fondamentaux : Rouler, sentir la liberté, sentir la joie de gravir des cols et prendre une journée après l’autre, à mon rythme et à l’écoute de mon corps.

Ces deux années, l’ultra a été le moyen de : mieux me connaître, développer ma résilience, comprendre l'engagement, gérer l’inconfort et mon énergie, sentir le lien étroit entre corps et esprit et bien d’autres…

Je suis arrivé cette année avec encore plus d’attente, celle de faire encore une fois baisser le chrono mais à quel prix ? Au prix d’un manque de plaisir, masqué par une motivation liée à un objectif de résultat beaucoup trop fort. Il y a encore 3 ans j’étais fasciné devant un gars qui terminait un 1 000 km en 45 heures. Cette année mon objectif était de m’approcher des 6 jours sur une course de 2 500 km où tout peut arriver. Ma progression m’a amené à transformer un rêve en objectif de performance, ou de résultat.

La chaleur m’a ouvert la porte à une série de questions sur le sens que j’allais mettre sur cette RAF, au prix à payer face à des journées sous 40 degrés et des neutralisations quotidiennes. Cette RAF était trop loin du sentiment de liberté et de sens que je recherche chaque année.

Parce qu'une course comme celle-ci ne commence pas le jour du départ. Elle commence :

  • quand on décide de s’inscrire et à engager des moyens financiers,
  • quand on construit sa saison autour d'elle,
  • quand on en parle à ses proches,
  • quand on la planifie pour arriver au top de sa forme, d’un point de vue physique et mental.

Et plus l'objectif est important, plus le poids est grand. D’où l’idée indispensable d’avoir cette prise de recul et de savoir revenir aux fondamentaux, la gestion de soi, l’émerveillement et surtout entrer par la bonne porte : Celle de donner le meilleur de soi même avec les forces du jour.

Peut être que cette troisième RAF devait confirmer quelque chose mais au plus profond de moi je ne savais plus ce qu’elle avait à m’apporter, comme récompense intérieure. C'est un peu comme relire un livre qui a changé ta vie.Le livre reste excellent. Mais il ne te transforme plus de la même façon. Or il arrive un moment où l'élève n'a plus besoin de retourner indéfiniment dans la même salle de classe mais plutôt d’évoluer et se tourner vers d’autres montagnes à gravir, peut être que ce n’était plus la bonne.

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